Les réseaux des maisons

Conscient des dangers qu’une mondialisation uniformisée ferait peser sur la diversité linguistique et culturelle, ces maisons seront des remparts portés par des moteurs de solidarité, d’ouverture, d’inclusion et de curiosité.
CHRISTIAN PHILIP

La Maison de la francophonie de Lyon est à l’origine de la création des deux réseaux des Maisons des Francophonies

Réseau France des Maisons des Francophonies

Réseau International des Maisons des Francophonies

CRÉER UN RÉSEAU INTERNATIONAL DES MAISONS DES FRANCOPHONIES VÉRITABLE VILLAGE DE LA FRANCOPHONIE

La vitalité des diversités culturelles et linguistiques est sûrement un des chantiers les plus importants du XXIème siècle au même titre que la biodiversité.

Selon l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le français est la cinquième langue la plus parlée au monde avec 300 millions de locuteurs répartis sur les cinq continents. Des projections estiment que, si les efforts à sa valorisation sur l’ensemble des territoires où elle est parlée et enseignée sont maintenus et surtout renforcés, ce nombre pourrait plus que doublé, passant à quelque 700 millions de locuteurs en 2050. Plusieurs grandes Institutions spécialisées en premier lieu desquelles l’OIF mais aussi, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), l’Association internationale des Maires francophones (AIMF), TV5MONDE et d’autres encore contribuent positivement au rayonnement de la Francophonie ainsi qu’à la promotion de ses valeurs. Ces acteurs essentiels et les nombreuses actions qu’ils mènent gagneraient à être plus connus, au-delà de leurs clientèles spécialisées. Alors que la Francophonie institutionnelle célèbre son 50e anniversaire et que de nombreuses avancées furent accomplies au fils des ans pour la mettre en valeur, aujourd’hui, l’enjeu essentiel à son déploiement passe par la capacité du grand public et des sociétés civiles à s’approprier la francophonie comme un liant, une opportunité et une clé d’ouverture sur le monde. Pour que cette rencontre s’opère, il apparaît alors essentiel de soutenir une francophonie de modernité, de proximité et de continuité, proche des réalités et des spécificités de chaque territoire.

Dans cet élan, il semble déterminant de considérer le rôle accru que jouent, ou pourraient jouer, les nombreuses associations, organisations ou institutions qui travaillent, très concrètement sur le terrain, à valoriser quotidiennement la francophonie et la langue française dans toute sa diversité. Ces structures participent au renforcement du sentiment d’appartenance à l’espace francophone, à une ère linguistique, mais également à la consolidation des liens d’amitié entre francophones et francophiles qui composent les populations locales qu’elles desservent. Leurs actions sont essentielles pour faire prendre conscience, au plus grand nombre, que la francophonie est à la fois un espace de partage riche de ses diversités mais aussi un concept permettant d’ouvrir le débat et de montrer comment développer des solidarités autour de valeurs partagées et dans le respect des spécificités de chacun. Ceci est d’autant plus est important en ce début du XXI siècle où l’idée même de mondialisation peut susciter critiques et résistances.

Forts de ce constat et convaincus de la nécessité d’aller plus loin est né l’idée de la création d’un Réseau international des Maisons des francophonies. Ce Réseau pourrait être pensé à l’image des Maisons de l’Europe qui permettent, en plusieurs lieux, de faire connaître l’idée européenne, ses institutions, ses actions, ses ambitions et encouragent tous ceux et celles qui y croient à se retrouver et à s’engager.

Déjà, plusieurs institutions s’apparentant au concept des Maisons des francophonies existent et sont actives, sous différentes formes, dans diverses régions du monde. Leur association créera un maillage précieux, nécessaire et opérant ainsi qu’une force multiplicatrice à la diffusion de contenus spécifiques, d’actions ou de messages liés à la francophonie et ses enjeux.

Notre vision et celle de Maisons des francophonies contribuant, par leurs actions, à la promotion et la richesse de la francophonie auprès des populations de leur territoire. Ces Maisons s’engageront à valoriser les formidables opportunités qu’offre la francophonie, en particulier auprès de la jeunesse et du secteur académique. En parfaite adéquation avec leur milieu, ces Maisons seront forces de propositions ainsi que lieux de débats autour des enjeux locaux, régionaux et internationaux de la francophonie. Elles seront porteuses de projets citoyens et responsables ainsi que des relais des grands messages ou d’actions portées autour de la Francophonie et de ses opérateurs. Par la création de ce Réseau, chaque Maison profitera de l’expertise des autres membres, partagera les meilleures pratiques, bénéficiera d’un réseau d’entraide et participera, sur une base volontaire, à des projets communs.

L’objectif principal est de réussir à mobiliser la société civile pour qu’elle s’approprie la francophonie car celle-ci ne peut perdurer et se développer sans ce sentiment d’appartenance collectif qui est d’autant plus essentiel pour les communautés isolées ou en situation minoritaire. Ce sentiment doit tenir compte d’une francophonie plurielle, s’épanouir dans son lien avec les autres langues dans une ouverture multiculturelle forte et le respect des spécificités de chacun tel que le prône, par exemple, la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels.

Il ne s’agit pas de créer avec ce réseau une nouvelle institution s’ajoutant à celles déjà existantes mais bien d’encourager, d’accompagner et d’amener localement des structures partageant les mêmes valeurs (associations, centres culturels, collectivités…) à se regrouper autour de grands principes, de projets ou de messages. Il offrira également une réactivité et une grande souplesse dans les initiatives portées par certains ou partagés par tous.

À l’image des maisons de l’Europe, la mise en réseau des différentes Maisons des francophonies permettra de mutualiser certains services (site internet, plateforme, édition électronique, analyses, plaquettes d’information, etc.). Leurs actions et projets permettront à la fois de nourrir les thématiques des Sommets de la Francophonie tout en relayant à l’OIF et aux États membres des propositions de la société civile qui pourraient en abonder les conclusions.

En France, la première Maison de la francophonie est née à Lyon, en 2008, puis est venue celle de Marseille. Les associations créées en France, sous une forme ou une autre (Après Lyon et Marseille, Bourgogne/Franche-Comté, Montpellier, Dinard/St Malo, Cholet, Clermont-Ferrand, Bordeaux) ont décidé début 2020 de constituer un Réseau doté d’une Charte.

La mise en place du Réseau international se finalise et s’appuie sur des structures existantes et de nouvelles associations. Pour l’instant, une vingtaine de ” Maisons ” – en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique – rejoignent ce réseau qui pourrait tenir son assemblée constitutive au moment du prochain Sommet de la Francophonie devant se tenir à Tunis, fin 2020. Une première Université d’été pourrait, quant à elle, avoir lieu en 2021.

L’initiative répond à un besoin concret et recueille l’engagement de nombreuses personnalités et structures qui souhaitent donner une nouvelle impulsion à l’idée même de francophonie. Ce réseau prend forme grâce à l’implication d’un grand nombre de forces vives et de compétences. Il convient désormais de communiquer sur son existence ainsi que sur les premiers projets communs qu’il s’engage à développer. Cela sera encore plus important pour la mise en valeur des activités à l’honneur lors du mois de la francophonie, en mars prochain.